
Conflits répétés avec sa mère : pourquoi retombe-t-on toujours dans les mêmes schémas ?

Cécile Puljer
Kinésiologue & Praticienne Constellation Familiales · La Seyne-sur-Mer
Conflits répétés avec sa mère : pourquoi retombe-t-on toujours dans les mêmes schémas ?
Vous raccrochez le téléphone et vous êtes épuisé(e).
Pourtant, cette fois, vous vous étiez promis de ne pas réagir.
Vous alliez rester calme. Ne pas vous justifier. Ne pas répondre à cette petite remarque que vous connaissez par cœur.
Et puis elle a prononcé la phrase.
Celle qui, en quelques secondes, vous ramène exactement au même endroit.
Vous avez répondu. Elle aussi. Le ton est monté.
Et une heure plus tard, vous vous demandez encore :
« Mais pourquoi est-ce qu’on finit toujours par en arriver là ? »
Le plus difficile dans une relation conflictuelle avec sa mère, c’est justement qu’elle n’est généralement pas faite uniquement de conflit.
On peut profondément aimer sa mère et ne plus supporter certaines choses dans la relation.
On peut avoir envie d’être proche d’elle et ressentir le besoin de prendre ses distances.
On peut être adulte depuis vingt ans et se sentir, face à une simple remarque, redevenir l’adolescent(e) qui devait se défendre, se justifier ou chercher son approbation.
Et lorsque les mêmes scènes se répètent encore et encore, il peut être intéressant de regarder ce qui se joue réellement dans la relation.
Pourquoi retombe-t-on toujours dans le même conflit ?
Un conflit ne commence pas toujours au moment où le ton monte.
Parfois, il existe depuis bien plus longtemps sous la forme d’attentes, de rôles, de non-dits ou de fonctionnements auxquels chacun s’est habitué.
Vous êtes peut-être :
Celle qui doit toujours gérer.
Celui qui ne fait jamais assez bien.
Celle qui doit rassurer sa mère.
Celui qui s’est toujours opposé.
Celle qui n’ose pas dire non de peur de la blesser.
Celui qui a pris ses distances mais culpabilise dès qu’il le fait.
Et même lorsque vous souhaitez profondément faire autrement, il suffit parfois de retrouver votre mère pour que chacun reprenne presque automatiquement sa place habituelle.
C’est là que la question devient intéressante :
Est-ce que je réponds uniquement à ce qui vient d’être dit aujourd’hui… ou à tout ce que cette phrase représente pour moi depuis des années ?
Quand les rôles se figent dans une famille
Dans une famille, nous apprenons très tôt à nous positionner les uns par rapport aux autres.
Prenons un exemple.
Une mère traverse une période difficile et sa fille devient très jeune celle qui l’écoute, la rassure et évite de lui créer des problèmes.
À 35 ans, cette fille est parfaitement autonome.
Pourtant, lorsqu’elle envisage de déménager, de prendre une décision qui déplaît à sa mère ou simplement de poser une limite, elle ressent immédiatement une énorme culpabilité.
Une partie de la difficulté actuelle peut alors faire écho à la place qu’elle a occupée pendant des années : celle qui protège, qui rassure, qui ne doit pas faire souffrir.
Dans une autre famille, ce sera complètement différent.
Une mère très exigeante. Une fille qui s’est construite dans l’opposition. Un fils qui cherche encore une reconnaissance qu’il n’a jamais eu l’impression de recevoir.
Il n’existe donc pas un schéma mère-enfant.
Mais il peut exister, dans chaque famille, des places que nous avons apprises et que nous continuons parfois à occuper longtemps après être devenus adultes.
Et si cette histoire avait commencé avant vous ?
C’est ici que les constellations systémiques et familiales proposent un regard supplémentaire.
La relation entre une mère et son enfant ne s’inscrit pas dans le vide.
Votre mère a elle-même été une fille.
Elle a eu une mère, qui en a eu une autre avant elle.
Et chacune est arrivée dans cette relation avec son histoire, ce qu’elle avait reçu, ce qui lui avait manqué, les événements qu’elle avait traversés et la manière dont elle avait appris à aimer, protéger, se taire, tenir ou survivre.
Il peut alors être intéressant d’observer si certains fonctionnements semblent se répéter dans la famille.
Les femmes ont-elles toujours dû être fortes ?
Est-il difficile de poser des limites sans culpabiliser ?
Les mères et les filles ont-elles tendance à être extrêmement proches puis à se couper brutalement ?
Les émotions sont-elles exprimées ou plutôt gardées pour soi ?
Y a-t-il eu des séparations, des deuils, des exclusions, des ruptures familiales ou des événements importants dans les générations précédentes ?
Dans l’approche des constellations familiales, nous pouvons explorer ce qui appartient à votre propre histoire mais aussi ce qui peut faire écho à l’histoire de vos parents, grands-parents ou générations précédentes.
Il ne s’agit pas de chercher à tout prix un ancêtre responsable de ce que vous vivez aujourd’hui.
Il s’agit d’élargir le regard porté sur la situation et d’observer si votre relation actuelle s’inscrit dans une dynamique familiale plus vaste.
Comprendre ne signifie pas tout accepter
C’est un point qui me paraît essentiel.
Comprendre l’histoire de sa mère ne signifie pas devoir excuser tous ses comportements.
Reconnaître qu’elle a elle-même vécu des choses difficiles ne vous oblige pas à accepter ce qui vous fait souffrir aujourd’hui.
Et travailler sur votre relation avec elle ne signifie pas forcément chercher à devenir plus proche.
Parfois, l’évolution sera une relation plus apaisée.
Parfois, ce sera réussir à poser une limite.
Parfois, arrêter de vouloir obtenir une reconnaissance que l’autre n’est peut-être pas capable de donner.
Parfois encore, cesser de vouloir changer sa mère et commencer à regarder ce que vous pouvez changer dans votre propre positionnement.
Vous ne pouvez pas faire une constellation à la place de votre mère.
Mais vous pouvez travailler sur votre place dans cette relation.
Ce que les constellations familiales peuvent permettre d’explorer
En constellation individuelle ou lors d’une constellation de groupe, nous partons d’une situation concrète et d’un objectif.
Vous pouvez arriver en disant :
« Je voudrais réussir à poser des limites à ma mère sans culpabiliser. »
« Je ne comprends pas pourquoi je suis tellement en colère contre elle. »
« J’ai l’impression d’être responsable de son bonheur. »
« Dès que je suis avec elle, je ne me reconnais plus. »
« Je voudrais arrêter d’attendre quelque chose qu’elle ne me donne jamais. »
La constellation permet alors de représenter le système et d’observer les places, les liens et les dynamiques qui apparaissent.
Le travail ne consiste pas à déterminer qui a raison ou qui a tort.
Et il ne nécessite pas que votre mère soit présente.
C’est votre place que nous venons travailler.
La kinésiologie peut également permettre de travailler sur le stress, les émotions ou les réactions corporelles que cette relation déclenche chez vous
Les deux approches peuvent être utilisées séparément ou se compléter, selon votre situation et ce qui vous semble le plus juste.
Un exercice : ce que vous auriez aimé pouvoir lui dire
Repensez à un échange récent avec votre mère qui vous a particulièrement touché(e).
Essayez d’identifier le moment précis où quelque chose a basculé en vous.
Une phrase. Un regard. Un ton. Une remarque que vous avez peut-être déjà entendue cent fois.
Notez simplement ce qui s’est passé, puis ce que cela a provoqué en vous.
De la colère ? De la tristesse ? De la culpabilité ? De l'irritation ? Un sentiment d’injustice ? L’impression de ne jamais être assez bien ? L’envie de vous justifier, de partir, de crier ou au contraire de vous taire ?
Ne cherchez pas forcément à comprendre tout de suite pourquoi.
Prenez maintenant une feuille et écrivez à votre mère. Vous n’avez pas besoin de lui donner après, c'est pour vous.
Commencez simplement par : « Maman, il y a quelque chose que j’aimerais pouvoir te dire… »
Et écrivez.
Écrivez ce qui vous met en colère. Ce qui vous fait mal. Ce que vous auriez aimé recevoir. Ce que vous auriez voulu qu’elle comprenne.
Ce que vous n’avez jamais osé dire parce que vous aviez peur de la blesser, de la décevoir ou de provoquer un nouveau conflit.
Vous pouvez aussi écrire ce que vous aimez chez elle, ce que vous reconnaissez avoir reçu ou ce que vous souhaitez conserver de votre relation.
Il n’est pas nécessaire que cette lettre soit juste, raisonnable ou équilibrée.
Personne ne la corrigera.
Laissez simplement sortir ce qui est présent pour vous aujourd’hui.
Si une émotion arrive pendant que vous écrivez — colère, tristesse, larmes — vous pouvez simplement prendre le temps de l’accueillir, sans chercher immédiatement à la faire disparaître.
Et accueillir une émotion ne signifie pas forcément rester assis(e) très sagement à l'observer. Si vous sentez que vous avez besoin de bouger, de marcher, de courir, de pleurer, de rire ou même de crier, laissez aussi au corps la possibilité de s'exprimer. Et si vous avez un punching-ball sous la main… il peut exceptionnellement se rendre très utile. 😉
Lorsque vous avez terminé, relisez ce que vous avez écrit uniquement si vous en avez envie. Et, toujours si vous en avez envie, regardez ce qui revient le plus souvent.
Est-ce le besoin d’être reconnu(e) ? D’être libre ? D’être entendu(e) ? De ne plus vous sentir responsable ? De pouvoir dire non ? D’être aimé(e) sans devoir répondre à certaines attentes ?
Vous pouvez alors terminer ajoutez une dernière phrase : « Aujourd’hui, dans notre relation, je m’autorise à… »
Et laissez venir vos propres mots.
… poser mes limites.
… faire mes propres choix.
… ne plus tout porter.
… t’aimer sans être responsable de toi.
… arrêter d’attendre ton approbation pour avancer.
… prendre ma place d’adulte.
Cette lettre n’a pas pour objectif de changer votre mère.
Elle vous permet d'abord d'entendre plus clairement ce que vous ressentez, ce dont vous avez besoin et ce que vous souhaitez, vous, vivre différemment dans cette relation. Et surtout de poser vos pensées, vos émotions pour qu'elles ne tournent plus en rond dans votre tête.
Et si le premier changement venait de votre place ?
Sortir d’un conflit qui se répète ne signifie pas forcément parvenir enfin à faire comprendre quelque chose à sa mère.
Parfois, le changement commence lorsque vous n’avez plus besoin qu’elle réagisse différemment pour vous autoriser, vous, à vous positionner différemment.
Je vous accueille à La Seyne-sur-Mer en constellations systémiques et familiales, en individuel ou en groupe, ainsi qu’en kinésiologie.
Nous pouvons travailler sur votre relation avec votre mère, mais aussi sur les places, les loyautés et les schémas familiaux qui peuvent continuer à influencer votre manière d’être en lien aujourd’hui.
Comprendre son histoire familiale ne consiste pas à rester tourné(e) vers le passé.
Cela peut aussi permettre de se demander :
« Qu’est-ce que je souhaite continuer à porter… et qu’est-ce que je souhaite désormais vivre autrement ? »



